Deuil, définitions et formes

La détresse fait partie du deuil

Perdre quelqu’un, subitement ou non ; perdre un repère, perdre un avenir que l’on imaginait… Le deuil surgit toujours comme une rupture.

Parfois il est attendu, il nous bouleverse quand même.

Même lorsqu’il est discret, il nous transforme.

Chaque personne traverse la perte à sa manière.

Y a-t-il plusieurs formes de deuil ? Comment peut-on vivre son deuil  ?

Je te propose de comprendre ce processus intérieur, d’en explorer les différentes dimensions et d’identifier les types de deuil auxquels chacun peut être confronté.

Car mettre des mots sur l’épreuve, c’est déjà commencer à l’apprivoiser.

Définir l’expression « faire son deuil »

La plupart des gens pensent que le mot « deuil » se réfère seulement à la mort de quelqu’un. Mais, en réalité, c’est bien plus.

« Deuil » et « douleur » ont la même origine

Si l’on se réfère à l’étymologie du mot, on se rend vite compte que « deuil » et « douleur » ont la même racine latine.

En effet, le mot « deuil » désigne à la fois :

– la perte d’un être cher – sa disparition irréversible, sa mort

                                                            et

– la douleur – le chagrin, la tristesse – qui lui est consécutive.

La signification de l’expression « porter le deuil »

L’expression « faire son deuil » peut être utilisée, pour évoquer la période pendant laquelle on « porte le deuil », c’est-à-dire le temps pendant lequel, par des signes extérieurs (tenue vestimentaire, couleurs sombres…) on montre que l’on est touché par la disparition d’un être cher.

D’ailleurs, au cours des siècles passés, il y avait des codes particuliers pour cela dans nos sociétés. À l’heure actuelle, il n’est plus coutume de porter des tenues et des couleurs particulières lorsque l’on a perdu quelqu’un.

Il semble même, au contraire, que beaucoup considèrent qu’il est mieux de ne rien montrer, puisque c’est ce que la société semble demander.

De la pudeur !

De la pudeur ! Si bien que l’on ne se plaint pas, lon ne montre pas nos doutes, nos failles, nos détresses, nos accablements. On reste froid, dans les tristes circonstances.

Le mot « deuil » revêt un sens plus large

En conséquence, aujourd’hui, l’expression « faire son deuil » revêt le plus souvent le sens de « traverser la période de chagrin qui suit la disparition définitive (par la mort) de quelqu’un que l’on a profondément aimé ».

Le plus souvent, oui. En revanche faire son deuil ne correspond plus à une période imposée et obligatoire.

Et aussi, de plus en plus, cette expression est assimilée à l’idée d’aller vers l’acceptation que quelque chose est perdu.

L’expression s’est donc étendue à toute situation qui change et nous propulse soudain dans des conditions totalement différentes, parfois difficiles.

De nouvelles conditions que nous devons accepter.

Comprendre le deuil comme un processus intérieur

Deuil et transformation intérieure

Le processus du deuil, un chemin complexe vers le meilleur

Le deuil est bien plus qu’un événement lié à la mort.

Il s’agit d’un processus intérieur, d’un bouleversement profond qui transforme notre rapport au monde, puisque, lorsque nous perdons un proche ou un animal que nous avons aimé, ou quelque chose qui nous importait, nous ne perdons pas seulement une présence.

Nous avons l’impression de perdre une partie de nous-même, une habitude, un avenir imaginé avec cette personne, cet animal….

Ainsi, faire son deuil ne signifie pas oublier. Cela signifie apprendre à vivre avec l’absence. Donc, c’est un chemin. Parfois lent, parfois brutal. C’est un mouvement intime qui nous oblige à redéfinir nos repères. Pour cela, lire Faire son deuil, 7 clés pour traverser ce moment difficile

Comprendre cela est essentiel pour vivre son deuil et accepter plus sereinement, si possible, la nouvelle situation.

Savoir quelles sont les 7 phases du deuil

On parle des 7 étapes du deuil :

  • le choc, la sidération, qui nous rend incapable de quoi que ce soit,
  • le déni, le refus,
  • la colère contre l’existence,
  • la tristesse ou la dépression, qui produit un épuisement émotionnel,
  • la résignation : on commence à lâcher prise
  • l’acceptation,
  • la reconstruction.

Elles ne sont pas forcément chronologiques : on traverse des avancées, des régressions. Chaque personne endeuillée ne les vit pas toutes. Elles se mélangent, reviennent, se transforment. Il est donc impossible de savoir quelle est l’étape la plus intense du deuil, ni quelle est la durée d’un deuil normal. Parce que ça varie, selon chacun.

Certains restent longtemps dans la sidération. D’autres oscillent rapidement entre espoir et effondrement. Aucun calendrier pour vivre son deuil au jour le jour !

En somme, ces mouvements émotionnels ne traduisent pas une faiblesse, mais une adaptation progressive à une réalité nouvelle.

Identifier les différentes sortes de deuil

Puisqu’il s’agit de s’adapter à une nouvelle réalité (décès, rupture, événement considéré comme moins traumatisant), il existe de multiples raisons de faire notre deuil.

Certains deuils sont plus importants que d’autres : c’est pourquoi je vais parler

  • des grands deuils. Dans cette situation-là, en général, il est beaucoup plus difficile d’accepter les choses. Si nous considérons que nous sommes en deuil, c’est que c’est pour nous une énorme souffrance émotionnelle.
  • des petits deuils que nous devons faire parfois, comme, par exemple, une situation perdue que l’on regrette, un emploi ou un lieu que l’on quitte… C’est déstabilisant, certes, mais ça permet d’apprendre, et conduit souvent à du positif par la suite.

Comprendre les différents types de deuil, c’est déjà commencer à les apprivoiser.

Le deuil après la mort d’un proche

Quel est le deuil le plus difficile que nous ayons à faire ?

Sans aucun doute, le deuil le plus éprouvant et le plus connu est celui qui suit la disparition d’un être aimé. Car la perte d’un parent, d’un enfant, d’un conjoint ou d’un ami bouleverse les fondations mêmes de notre existence.

En effet, perdre une personne qui était chère à notre cœur est une expérience très éprouvante. L’immensité de notre chagrin dépend forcément

  • de nous-même,
  • de la profondeur de notre attachement à cette personne,
  • des circonstances de sa disparition.

Nos réactions seront différentes selon l’âge du défunt

Si la personne était âgée, nous avons tendance à nous dire que le décès est dans l’ordre des choses, ce qui n’enlèvera cependant pas notre peine.

Mais bien sûr, c’est encore pire dans le cas d’une personne qui n’a pas vécu longtemps, comme par exemple, le décès d’un enfant, d’un adolescent ou de quelqu’un de très jeune.

Cela nous paraît tellement inacceptable, que nous en garderons toujours des traces. Il sera plus difficile d’accepter l’injustice de la situation. Nous allons ressentir de la colère contre la vie, contre le monde, contre le destin, et aussi, de l’incompréhension face à cette perte.

Femme en deuil, vêtue de noir, devant une fenêtre fermée

La situation diffère s’il agit d’un décès prévisible, ou non

Selon que la disparition est due à une longue maladie OU subite et accidentelle, nos réactions seront différentes.

Le choc et la douleur ressentis seront plus intenses s’il s’agit d’un décès subit ou accidentel. Faire ce deuil peut être particulièrement complexe, parce qu’on ne s’est jamais préparé à une telle perte. En conséquence, la sidération à laquelle on est confronté est immense et durable.

Si c’était un décès prévisible, suite à une longue maladie par exemple, nous avons eu davantage de temps de nous préparer et donc nos sentiments seront certainement plus mitigés. C’est notre droit, acceptons-le.

Alors, bien que nous puissions ressentir du soulagement, – parce que le défunt est libéré de ses souffrances – cela n’empêchera pas que nous éprouvions de la tristesse.

Réflexion et introspection, nécessaires pour traverser le deuil

Nous devons accepter qu’il nous faille du temps pour faire notre deuil. Il est important de

  • ne pas chercher comment savoir dans quelle phase du deuil on est,

mais

  • se rappeler les moments précieux que nous avons partagés avec la personne disparue, les souvenirs qu’elle nous a laissés ;
  • réfléchir à la manière dont elle a contribué à façonner la personne que nous sommes aujourd’hui, à l’impact qu’elle a eu sur notre vie.

Cette réflexion peut nous conduire à prendre conscience que nous souhaiterions perpétuer ce qu’elle nous a laissé. Nous pouvons nous impliquer dans des activités qui étaient importantes pour elle. Et aussi trouver des façons significatives de lui rendre hommage. Toute petite action peut entrer dans le processus de deuil.

Organiser un événement commémoratif, créer un album souvenir, s’adresser à elle régulièrement en pensée, sont des solutions qui peuvent permettre de maintenir vivante cette personne dans notre cœur. Voir Faire son deuil, 7 clés pour traverser ce moment difficile

L’acceptation de nos réactions

Acceptons de ressentir ces émotions. Sachons prendre le temps qui nous est nécessaire pour intégrer cette disparition, puisqu’exprimer nos pensées et notre détresse à notre façon est essentiel.

Par exemple, nous pouvons penser à la personne, en parler, pleurer, écrire nos sentiments quotidiens dans un journal, allumer une bougie, ou suivre tout autre rituel qui nous semblera utile.

Parce qu’il n’y a pas de mauvais ou de bon chemin. Le chemin qui nous convient est celui qui est bon pour nous.  

Reconnaître les formes complexes du deuil

Le deuil en situation traumatique

Lorsqu’une perte survient brutalement, comme la mort d’un proche, on parle souvent d’accompagner le deuil en situation traumatique.

Accident, suicide, violence : nous devons prendre conscience que la dimension traumatique fige parfois les émotions.

Dans ces cas, le choc peut empêcher l’expression du chagrin. La personne endeuillée reste alors bloquée dans l’incompréhension. En outre, le corps lui-même peut réagir par des troubles du sommeil ou une fatigue extrême.

Accompagner ces situations demande délicatesse et patience.

Le deuil empêché ou silencieux

Il arrive que le deuil ne puisse pas se dire. Parce que l’on veut protéger un enfant. Parce que l’on craint de faire souffrir. Parce que l’on pense que le silence préserve.

Pourtant, le silence peut enfermer.

Dans l’histoire du roman Un cri dans les roseaux, un enfant devenu mutique incarne ce deuil empêché. Lorsqu’on cache la vérité, la douleur ne disparaît pas. Elle s’enfouit. Elle cherche une autre voie d’expression.

Par conséquent, la parole, même tremblante, reste souvent la première étape vers l’apaisement. Et il est primordial de la libérer.

Garçon en pleurs, à cause d'un deuil

Le deuil symbolique et les pertes invisibles

Cependant, le deuil ne concerne pas uniquement la mort. On peut faire le deuil d’une relation, d’un projet, d’une santé, d’un idéal.

Ces pertes symboliques sont parfois minimisées par l’entourage. Pourtant, elles provoquent une véritable rupture intérieure.

D’ailleurs, on comprend aisément que vivre son deuil après un divorce, après une séparation inattendue suite à une dispute ou après une maladie demande la même énergie psychique.

Parce que, autour de nous, beaucoup de personnes ont été confrontées à ces pertes qui imposent de s’adapter différemment.

Reconnaître les formes invisibles – et souvent trop minimisées – du deuil permet d’élargir notre compréhension du phénomène. On intègre alors que le chagrin n’a pas toujours de cérémonie officielle, et peut se vivre dans le silence.

Le deuil après un divorce ou une rupture due à une dispute

Il faut parvenir à intégrer, pas seulement avec notre tête, mais aussi avec notre cœur, qu’aucune personne n’est indispensable à notre vie.

Reconnaître la fin de la relation.

Pour accepter une séparation, pour comprendre combien de temps dure le deuil d’une relation amoureuse, ou d’un lien amical, d’une rupture, nous devons autoriser nos émotions à se manifester.

Il faut éviter l’isolement. Donnons-nous la possibilité

  • d’exprimer que nous avons eu un choc,
  • de parler de notre tristesse à des membres de notre famille ou à des amis.
  • d’accepter la colère ou la confusion qui nous animent,
  • de prendre conscience de notre déception, pour nous adapter à cette nouvelle réalité.

Il faut notamment d’accepter que le deuil prenne du temps. Guérir d’une relation et se reconstruire ne peut pas se faire en un jour.

De manière à y parvenir, en peut consulter un psychologue, un thérapeute qui nous apportera du soutien.

Une rupture est l’occasion d’apprendre de se connaître davantage  : quelles leçons tirons-nous de la relation, puis de la rupture ? Nous utiliserons ces apprentissages pour nous épanouir ensuite.

Prendre soin de soi

Bien que l’on est souvent envie de se retirer de toute activité, de tout lien social, il faut éviter l’isolement après une rupture.

Il est bon de trouver des occupations qui apportent du plaisir et de la détente, des activités à faire en société, afin de se sentir connecté aux autres.

Souvent, nous considérons cette rupture comme un abandon, ou comme un échec. Notre déception est si grande que nous pourrions nous laisser aller. Il est important toutefois de prendre soin de soi, physiquement, mentalement, émotionnellement.

En général, dans ces moments-là, des changements fondamentaux s’opèrent dans notre vie, parce que notre quotidien est transformé.

Si bien qu’il sera essentiel de :

  • explorer de nouveaux intérêts,
  • respecter nos besoins émotionnels,
  • développer son estime de soi,
  • prendre de la distance,
  • éviter de revisiter les souvenirs douloureux,
  • fuir les comportements qui nous font du mal.

Le deuil d’une situation perdue

On regrette une situation perdue, c’est un « petit » deuil, parce que ça ne nous laisse pas indifférent.

Lorsque enfant devenu adulte quitte le nid

Il est parfois difficile d’accepter que nos enfants grandissent. Nous devons savoir, comprendre, assimiler qu’il est bien que nous en fassions des êtres autonomes. Capables de vivre par leurs propres moyens, de réfléchir à leur propre vie, à leurs souhaits. Simplement capables d’être heureux sans nous.

Lorsque l’âge de la retraite arrive

L’âge de la retraite : si l’on n’accepte pas ce moment, c’est notre jeunesse que nous regrettons. Ou alors, le fait de se sentir utile à la société.

Comprendre que nous abordons une autre étape de la vie est primordial pour pouvoir le faire dans des conditions favorables et vivre une retraite heureuse, paisible et bien occupée.

Personnellement, je trouve le mot « retraite » pas du tout approprié… C’est une chance inouïe d’être arrivé jusque-là, c’est un vrai bonheur de se dire que l’on a toute liberté de faire ce que l’on aime.

Lors d’un changement d’activité professionnelle

Les raisons de faire ce petit deuil peuvent varier :

  • un changement d’emploi : la situation diffère et ça déstabilise. C’est un chemin vers une nouveauté, qui peut s’avérer difficile, certes. Mais c’est une voie d’apprentissage et d’évolution qui nous permet de donner le meilleur de nous-mêmes. Un autre emploi est souvent synonyme de vie meilleure.
  • une période de chômage. C’est davantage ce que l’emploi représentait, que nous peinons à quitter : reconnaissance sociale, utilité de notre vie, capacité à faire des choses. Nous avons une immense force en nous, qui nous permettra de rebondir. Courage !

Lors d’un déménagement

Parfois nous nous attachons à des lieux : une maison, le patrimoine, un village, des amis, des relations sociales…

Même s’il est nécessaire, un déménagement est une étape importante, source de stress, de difficultés, de réflexion, parfois de mal-être.

Déménager suppose, en effet, que nous quittions des voisins (avec qui nous avons créé des liens), des amis et des personnes qui nous entouraient là où nous habitions. Mais, si cela est important pour nous, nous pourrons organiser d’agréables retrouvailles.

Créer de nouvelles relations, faire d’autres rencontres permet notre propre enrichissement.

Parvenir à se détacher du lieu représente un petit travail à faire dans notre tête et dans notre cœur. Cette réflexion sera d’autant plus efficace si le déménagement a été préparé à l’avance, les choses bien anticipées, et si l’on retrouve des liens sociaux dans notre nouveau lieu de vie.

C’est un travail d’acceptation, plutôt qu’un deuil.

Lire un ouvrage sur le deuil

Relier notre deuil à celui des autres

Le rôle d’un livre sur le deuil dans le cheminement

La littérature a toujours accompagné les grandes épreuves humaines. Un livre sur le deuil ne guérit pas, mais il ouvre une réflexion, un espace intérieur.

Il est impossible de savoir quelle est la meilleure thérapie pour le deuil, cela dépend tellement de chacun de nous. Mais lire un ouvrage qui traite de la traversée difficile du deuil permet de se reconnaître. De comprendre que l’on n’est pas seul, et que les mots deviennent un pont entre ce deuil individuel et le deuil en tant qu’expérience universelle.

Dans cette perspective, la fiction offre un miroir délicat. Elle permet de traverser l’émotion à distance, tout en la ressentant profondément.

Le silence d’un enfant face à la perte de sa maman

Le deuil, lorsqu’il n’est pas accompagné, peut figer la parole. C’est pourquoi il est essentiel de reconnaître les signes, d’écouter autrement les émotions et la douleur, que ce soit sur soi ou sur ceux qui, près de nous, sont abattus.

Dans ce contexte, la lecture d’un livre sur la mort ou d’un livre sur le deuil peut devenir un soutien. Les mots des autres permettent parfois d’exprimer ce que l’on n’arrive pas à dire.

Dans mon roman Un cri dans les roseaux l’enfant qui se tait après la perte de sa mère incarne ce que beaucoup vivent sans pouvoir le formuler. Ce silence n’est pas une absence de sentiments. Il est un cri intérieur.

Car la douleur de l’absence est souvent accompagnée d’un sentiment d’injustice, voire de culpabilité. Pourtant, chaque émotion fait partie du chemin.

Alors, je t’invite à cliquer sur le lien ci-dessous pour découvrir le roman Un cri dans les roseaux

Tu peux lire un exemple de réadaptation d’un enfant après la disparition  d’un être cher,  dans mon roman Un cri dans les roseaux.

C’est l’histoire vraie d’un de mes élèves, qui a mis bien du temps pour accepter la mort de sa maman

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut